Histoire du dessin animé : du praxinoscope à la 3D

L’histoire du dessin animé commence avant le cinéma, avec des jouets optiques, et passe par Paris avant de devenir une industrie mondiale. Cette chronologie présente les grandes étapes, les inventions et les œuvres qui ont fait l’animation, du praxinoscope à la 3D.

L’origine du dessin animé : les jouets optiques

Au XIXe siècle, plusieurs inventeurs cherchent à faire bouger des images fixes. Tous exploitent le même phénomène : quand des images légèrement différentes défilent assez vite, l’œil et le cerveau les relient en un mouvement continu.

  • Le phénakistiscope (1832), du Belge Joseph Plateau : un disque percé de fentes, garni de dessins disposés en cercle. On le fait tourner devant un miroir et l’on regarde à travers les fentes.
  • Le zootrope (1834), attribué au Britannique William George Horner : un tambour fendu dans lequel on glisse une bande de dessins. Plusieurs personnes peuvent regarder en même temps.
  • Le folioscope, breveté en 1868 par le Britannique John Barnes Linnett sous le nom de kinéographe : un petit carnet de dessins que l’on feuillette avec le pouce. C’est l’ancêtre direct du flipbook, que l’on fabrique encore à la maison.
  • Le praxinoscope (1877), du Français Émile Reynaud : il remplace les fentes du zootrope par un prisme de miroirs au centre du tambour. L’image est plus lumineuse et plus nette.

Ces jouets ont un point commun : ils montrent une boucle très courte, d’une douzaine d’images. Pour raconter une histoire, il faut des images bien plus nombreuses et un moyen de les projeter.

Les premiers dessins animés projetés (1892–1914)

Le Théâtre optique d’Émile Reynaud

En 1892, Émile Reynaud présente au musée Grévin, à Paris, ses « Pantomimes lumineuses ». Son Théâtre optique projette sur un écran des images peintes à la main sur de longues bandes souples, que l’opérateur fait défiler en direct, en avançant ou en reculant. Les spectacles durent plusieurs minutes et racontent de vraies petites histoires, trois ans avant la première séance publique du Cinématographe des frères Lumière, en 1895. Reynaud est pour cette raison considéré comme l’un des pères du dessin animé.

Émile Cohl et Fantasmagorie (1908)

Le dessinateur français Émile Cohl réalise Fantasmagorie en 1908 pour Gaumont : un film d’un peu plus d’une minute, où des personnages tracés au trait blanc sur fond noir se transforment sans cesse. Chaque image est dessinée puis photographiée sur pellicule. Le film est souvent cité comme le premier dessin animé au sens moderne.

Winsor McCay et le personnage qui a une personnalité

Aux États-Unis, l’auteur de bande dessinée Winsor McCay anime Little Nemo (1911), puis Gertie le dinosaure (1914). Gertie obéit, boude, pleure : pour la première fois, un personnage animé semble avoir un caractère. McCay dessine lui-même des milliers d’images.

L’industrialisation : cellulos, son et couleur (1914–1940)

Dessiner chaque image en entier, décor compris, est épuisant. Les studios américains inventent des méthodes pour travailler à plusieurs et plus vite.

  • Le cellulo : en 1914, Earl Hurd fait breveter l’usage de feuilles transparentes de celluloïd. Les personnages sont peints sur ces feuilles, posées sur un décor unique qu’on ne redessine plus. Cette technique dominera pendant près de quatre-vingts ans.
  • Le rotoscope : Max Fleischer brevète un appareil qui projette un film en prises de vues réelles image par image, pour que l’animateur décalque les mouvements d’un acteur.
  • Le son synchronisé : en 1928, Steamboat Willie, de Walt Disney et Ub Iwerks, fait correspondre musique, bruitages et mouvements. Mickey devient une vedette.
  • La couleur : en 1932, le court-métrage de Disney Des arbres et des fleurs utilise le Technicolor en trois couleurs.
  • Le long-métrage : Blanche-Neige et les Sept Nains (1937) prouve qu’un dessin animé peut tenir le public pendant plus d’une heure. La caméra multiplane, qui superpose plusieurs plaques de verre peintes, y crée un effet de profondeur. La suite est racontée dans les dessins animés Disney.

D’autres voies existent. En Allemagne, Lotte Reiniger réalise Les Aventures du prince Ahmed (1926) en silhouettes de papier découpé : c’est l’un des plus anciens longs-métrages d’animation conservés. Au Canada, Norman McLaren dessine et grave directement sur la pellicule, sans caméra.

La télévision et l’animation limitée (1950–1980)

La télévision réclame des épisodes nombreux et bon marché. Les studios réduisent le nombre de dessins : on anime seulement la bouche ou un bras, on réutilise des cycles de marche, on garde le même décor. Cette « animation limitée » s’impose aux États-Unis, avec Hanna-Barbera et Les Pierrafeu (1960), et au Japon, avec Astro, le petit robot (1963) d’Osamu Tezuka, qui ouvre la voie aux séries japonaises.

Au cinéma, Disney adopte la xérographie avec Les 101 Dalmatiens (1961) : les dessins des animateurs sont photocopiés sur les cellulos, sans recopie à l’encre. En France, la télévision diffuse Le Manège enchanté (1964) en marionnettes animées, et Paul Grimault achève Le Roi et l’Oiseau (1980). Les séries de cette époque sont présentées dans les dessins animés des années 80, et le panorama français dans les dessins animés français.

L’arrivée de l’ordinateur (1990–2000)

L’ordinateur entre d’abord discrètement. Avec Bernard et Bianca au pays des kangourous (1990), Disney remplace la peinture sur cellulo par une mise en couleur numérique des dessins scannés : on dessine toujours sur papier, mais le cellulo disparaît peu à peu des studios.

En 1995, Toy Story, de Pixar, est le premier long-métrage entièrement en images de synthèse. Les personnages ne sont plus dessinés mais modélisés en volume, puis animés comme des marionnettes virtuelles. La suite de cette révolution est détaillée dans les films Pixar. Parallèlement, l’animation dessinée continue de briller, notamment au Japon avec le studio Ghibli, fondé en 1985.

L’animation aujourd’hui

Les techniques coexistent. La 3D domine les grosses productions de cinéma, mais emprunte de plus en plus au dessin : Spider-Man : New Generation (2018), de Sony, imite les trames et les contours de la bande dessinée. L’animation dessinée se fait désormais le plus souvent sur tablette, image par image, avec des logiciels qui affichent le dessin précédent en transparence. L’animation en volume image par image, avec des marionnettes ou de la pâte à modeler, garde aussi ses studios spécialisés.

Le principe, lui, n’a pas changé depuis le phénakistiscope : une suite de dessins fixes, légèrement différents, montrés assez vite. Le cinéma affiche 24 images par seconde ; en dessin animé, on dessine souvent 12 images par seconde, chacune affichée deux fois. Vous pouvez en faire l’expérience avec le guide faire un dessin animé.

Où les voir

Beaucoup de films des débuts, comme ceux de Cohl ou McCay, sont tombés dans le domaine public ou sont conservés par des cinémathèques, qui les montrent lors de projections et parfois en ligne. Les films plus récents passent d’une plateforme à l’autre : vérifiez leur disponibilité sur les services que vous utilisez ou en médiathèque. Des musées du cinéma présentent aussi des jouets optiques d’époque. Tous nos guides sont réunis sur la page dessin animé.

Questions fréquentes

Quel est le premier dessin animé de l’histoire ?

Cela dépend de la définition. Les Pantomimes lumineuses d’Émile Reynaud, projetées en 1892, sont les premières images dessinées animées montrées au public. Fantasmagorie d’Émile Cohl (1908) est le premier dessin animé filmé image par image au sens moderne.

Qui a inventé le dessin animé ?

Aucun inventeur unique. Joseph Plateau, Émile Reynaud, Émile Cohl et Winsor McCay ont chacun apporté une étape décisive, des jouets optiques à la projection, puis au personnage animé doté d’une personnalité.

Qu’est-ce qu’un cellulo ?

Une feuille transparente sur laquelle on peignait les personnages, posée sur un décor fixe. Elle évitait de redessiner le décor à chaque image. Les cellulos ont été remplacés par la mise en couleur numérique à partir des années 1990.