Faire une planche de manga : cases, bulles et lecture

Faire un manga commence par une seule page bien construite. Ce guide vous apprend à découper une planche de manga en cases, à guider l’œil dans le bon sens de lecture, à placer bulles et onomatopées, puis à encrer et poser les trames.

Schéma d’une planche de manga : cinq cases numérotées lues de droite à gauche avec une flèche de lecture en zigzag, une bulle dans la première case, et à droite quatre types de bulles : dialogue ovale, pensée en nuage, cri en étoile et récitatif rectangulaire
Lecture de droite à gauche, case par case, et les quatre bulles de base.

Faire un manga : du scénario au brouillon

Une planche ne se dessine jamais directement au propre. Les mangakas passent par un brouillon de mise en page, souvent appelé « name » : une version rapide, au crayon, où l’on fixe le nombre de cases, la position des personnages, les dialogues et les bulles. Ce brouillon se fait en petit, sur une feuille A5 ou même un carnet : à cette taille, on juge la lisibilité d’ensemble au lieu de s’attarder sur les détails.

Avant le brouillon, écrivez la scène en une phrase, puis en une liste de moments : « Elle ouvre la porte. Elle découvre la pièce vide. Elle remarque une lettre. Elle la lit. » Chaque moment devient en général une case. Pour une première histoire, visez une page de 4 à 6 cases : au-delà, les cases deviennent trop petites pour un débutant.

Créez vos personnages avant de commencer : une fiche avec la vue de face, le profil et trois expressions évite qu’ils changent de visage d’une case à l’autre. Le tutoriel pour créer un personnage manga explique comment la préparer.

Format, marges et découpage des cases

Travaillez sur une feuille A4 ou plus grande. Les professionnels japonais utilisent souvent un papier au format B4, plus grand que la page imprimée : le dessin réduit à l’impression paraît plus fin. Pour débuter, l’A4 suffit.

  • Les marges : laissez environ 1,5 cm sur chaque bord. Tout ce qui est important, visages et texte, doit rester à l’intérieur.
  • Les gouttières : l’espace entre deux cases. Gardez 3 à 5 mm entre les cases d’une même rangée et 6 à 10 mm entre deux rangées : l’œil comprend ainsi qu’il doit d’abord lire horizontalement.
  • La taille des cases : elle indique l’importance du moment. Une grande case pour un décor ou un moment fort, de petites cases pour des réactions rapides.
  • Les cases obliques : elles donnent de l’énergie aux scènes d’action. Utilisez-les avec modération, une ou deux par page.

Un personnage peut déborder du cadre d’une case pour la mettre en valeur. Réservez cet effet au moment le plus important de la page : utilisé partout, il ne signale plus rien.

Le sens de lecture

Le manga japonais se lit de droite à gauche : la page de droite avant celle de gauche, et dans chaque page, les cases de la rangée du haut de droite à gauche, puis la rangée suivante. Les bulles d’une même case se lisent aussi de droite à gauche et de haut en bas. Si vous préférez le sens occidental, de gauche à droite, c’est votre choix : l’essentiel est de ne jamais mélanger les deux dans la même histoire.

Le découpage doit rendre l’ordre évident. Deux règles évitent les hésitations :

  • Une gouttière horizontale plus large que les verticales sépare clairement les rangées.
  • Évitez qu’une case haute traverse deux rangées du côté où l’on commence à lire : le lecteur ne sait plus s’il doit descendre ou continuer.

Pensez aussi au regard à l’intérieur de chaque case : un personnage qui regarde vers la case suivante pousse l’œil dans le bon sens. Dans un manga lu de droite à gauche, faire regarder le personnage vers la gauche accompagne la lecture.

Bulles, texte et onomatopées

Placez les bulles dès le brouillon, avant les personnages. C’est la règle qui évite le plus de pages ratées : une bulle ajoutée à la fin cache presque toujours un visage ou une main importante.

Type de bulleFormeUsage
DialogueOvale avec une pointe vers la boucheParoles normales
PenséeNuage relié par de petits rondsCe que le personnage pense sans le dire
CriContour en étoile ou en dents de scieColère, surprise, appel
MurmureContour en pointillésParole chuchotée
RécitatifRectangle sans pointeNarration, temps, lieu

Écrivez le texte avant de tracer la bulle, puis dessinez la bulle autour avec une marge d’environ 3 mm. Limitez-vous à 25 mots par bulle et à trois bulles par case. Au crayon, tracez des lignes guides parallèles espacées de 5 mm pour garder des lettres régulières.

Les onomatopées, elles, font partie du dessin. Dessinez-les en grandes lettres déformées, intégrées à l’image, avec une forme qui évoque le son : lettres épaisses et anguleuses pour un choc, lettres fines et étirées pour un glissement. Les codes visuels des émotions, comme la goutte de sueur ou la veine sur le front, sont réunis dans les expressions manga.

Encrage, trames et lignes de vitesse

L’encrage se fait après le crayonné complet de la page. Commencez par les bords des cases, à la règle, avec un feutre de 0,5 à 0,8 mm. Encrez ensuite les personnages avec un trait plus fin, 0,1 à 0,3 mm, en épaississant les contours extérieurs et les zones d’ombre. Laissez sécher au moins 10 minutes avant de gommer. Le guide du dessin à l’encre compare les plumes et les feutres.

Les trames sont des motifs de points qui donnent des gris en noir et blanc. Traditionnellement, ce sont des feuilles adhésives que l’on découpe au cutter ; aujourd’hui, la plupart des dessinateurs les posent en numérique. Sans trame, vous pouvez obtenir les mêmes gris avec des hachures.

Les lignes de vitesse, tracées à la règle, suggèrent le mouvement : parallèles pour un déplacement, convergentes vers un point pour un choc ou une surprise. Tracez-les du bord vers le centre en relâchant la pression, pour que chaque trait s’affine.

Exercice : votre première planche en 4 cases

Durée : 2 heures, en trois séances. Le sujet : un personnage reçoit une lettre et réagit.

  1. Le brouillonEn 20 minutes, sur une feuille A5, découpez quatre cases et placez bulles et personnages en bonhommes simplifiés.
  2. Le crayonnéEn 60 minutes, reportez la page sur une feuille A4 et dessinez les personnages et le décor au crayon.
  3. L’encrageEn 40 minutes, encrez les cases, les personnages puis le texte des bulles.

Critère de réussite : montrez la page à quelqu’un sans rien expliquer. S’il lit les cases et les bulles dans le bon ordre et comprend la réaction du personnage, votre planche fonctionne.

Astuce : regardez votre planche réduite, sur une photo de téléphone. Si les visages et le texte restent lisibles à cette taille, la mise en page est bonne.

Pour aller plus loin

Pour peupler vos cases, travaillez les visages manga et les poses de dessin. Les dessinateurs sur écran trouveront de l’aide dans le guide du dessin numérique. Toutes les pages sur le style japonais sont réunies dans dessin manga.

Questions fréquentes

Comment faire un manga quand on débute ?

Commencez par une histoire d’une seule page, en 4 à 6 cases, avec un ou deux personnages. Faites un brouillon rapide, puis le crayonné et l’encrage. Allongez ensuite progressivement vos histoires.

Combien de cases mettre sur une planche de manga ?

Entre 4 et 7 cases en général. Une scène d’action peut en compter moins, avec de grandes cases ; une conversation peut en compter davantage, avec des cases plus petites.

Faut-il lire son manga de droite à gauche ?

Ce n’est pas obligatoire pour une création personnelle. Le sens japonais donne un aspect authentique, le sens occidental est plus naturel pour un lecteur français. Choisissez-en un et gardez-le du début à la fin.

Quel papier pour créer une BD manga ?

Un papier lisse d’au moins 160 g, qui accepte l’encre sans baver et supporte la gomme. Le papier Bristol est un choix courant pour l’encrage ; le guide du papier à dessin compare les grammages.