Une seule source de lumière, toujours
Avant de dessiner, réglez l’éclairage. Éteignez le plafonnier, fermez à moitié les rideaux et placez une lampe de bureau sur le côté, environ 45° au-dessus de l’objet. Avec plusieurs sources, les ombres se croisent et s’adoucissent : il devient impossible de lire les volumes. Avec une seule, chaque zone est nette et vous pouvez la nommer.
Notez la direction de la lumière par une petite flèche dans le coin de la feuille. Chaque fois que vous hésitez sur une valeur, reportez-vous à cette flèche : une surface tournée vers elle est claire, une surface qui s’en détourne s’assombrit.
Les zones d’ombre et de lumière
Sur tout objet arrondi, on retrouve les mêmes zones, de la plus claire à la plus sombre :
- La lumière : la partie tournée face à la source. Sur un objet brillant, elle contient un petit point blanc, le reflet spéculaire ; laissez-y le blanc du papier.
- La demi-teinte : la surface qui tourne progressivement et reçoit la lumière de biais. C’est la zone la plus large, et la plus souvent oubliée.
- L’ombre propre : la partie de l’objet qui ne reçoit plus de lumière directe. Sa limite avec la demi-teinte s’appelle la ligne de séparation ; c’est là que l’ombre est la plus foncée.
- Le reflet : à l’intérieur de l’ombre propre, près du bord, une bande un peu plus claire. C’est la lumière renvoyée par la table ou le mur. Elle reste toujours plus sombre que la demi-teinte.
- L’ombre portée : l’ombre que l’objet projette sur le sol, du côté opposé à la lumière. Elle est nette près de l’objet et s’adoucit en s’éloignant.
- L’ombre de contact : la ligne très sombre là où l’objet touche le sol. C’est elle qui « pose » l’objet ; sans elle, il semble flotter.
Ombrer une sphère pas à pas
Prenez une balle claire ou une orange, un crayon HB et un 2B ou 4B. Comptez 25 minutes.
- Le cercle et la séparationTracez le cercle en léger. Puis dessinez, en trait très fin, la ligne de séparation : une courbe parallèle au bord, du côté opposé à la lumière, à environ un tiers du diamètre depuis ce bord.
- L’ombre portéeTracez sa forme : une ellipse aplatie qui part du point de contact et s’étire à l’opposé de la lampe. Plus la lampe est basse, plus l’ombre est longue.
- Un premier gris uniformeRemplissez toute l’ombre propre et l’ombre portée d’un gris moyen régulier, au HB, sans appuyer. À ce stade, vous séparez seulement deux familles : ce qui est éclairé et ce qui ne l’est pas.
- Le noyau d’ombreAu 2B, foncez une bande le long de la ligne de séparation, en suivant la courbure de la sphère. Laissez le bas de l’ombre propre plus clair : c’est le reflet.
- La demi-teinteAvec une pression très légère, ajoutez un gris pâle entre la lumière et la séparation, qui s’éclaircit progressivement vers la source. La zone de lumière garde le blanc du papier.
- Le contact et les finitionsFoncez au maximum la petite zone sous la sphère, là où elle touche la table. Puis estompez légèrement le bord de l’ombre portée qui s’éloigne de l’objet.
Pour le détail des duretés et de la pression, voir le guide du dessin au crayon graphite. Pour adoucir ou reprendre des lumières, l’estompe et la gomme mie de pain sont les bons outils.
Passer de la sphère à l’objet
Les volumes à faces planes et les volumes arrondis ne s’ombrent pas de la même façon. Reconnaître la forme de base d’un objet, comme expliqué dans dessiner les formes de base, indique quel ombrage appliquer.
| Volume | Comportement de l’ombre | Comment l’ombrer |
|---|---|---|
| Cube | Changement de valeur brusque à chaque arête | Une valeur unie par face : claire, moyenne, foncée |
| Sphère | Dégradé dans toutes les directions | Bandes courbes qui suivent le bord |
| Cylindre | Dégradé dans un seul sens, en bandes verticales | Bandes parallèles à l’axe, reflet le long du bord sombre |
| Cône | Dégradé en éventail vers le sommet | Bandes qui convergent vers la pointe |
Pour un objet réel, une tasse par exemple, ombrez d’abord comme un cylindre simple, puis ajoutez l’ombre portée de l’anse sur le corps de la tasse. Les détails viennent toujours après les grandes masses.
Voir les valeurs : plisser les yeux
Le principal obstacle n’est pas la main, c’est l’œil : on perçoit trop de nuances et de détails pour les hiérarchiser. Plissez les yeux en regardant le modèle. Les détails disparaissent, les contrastes faibles se fondent et il ne reste que trois ou quatre grandes masses de valeur. C’est cette simplification que vous devez dessiner en premier.
Comparez toujours deux zones entre elles plutôt que d’évaluer une zone seule : « le reflet est-il plus clair ou plus foncé que la demi-teinte ? ». Une valeur n’existe que par contraste avec sa voisine.
Erreurs fréquentes en ombrage
- Un contour noir tout autour : il aplatit l’objet. Côté lumière, le bord doit être fin ou disparaître ; c’est la différence de valeur avec le fond qui le dessine.
- Un reflet trop clair : il donne un aspect métallique ou creux. Il doit rester dans la famille des ombres.
- L’ombre portée oubliée ou dessinée du mauvais côté : vérifiez la flèche de lumière.
- Tout estomper au doigt : le gras de la peau tache le papier et efface les transitions. Estompez peu, avec une estompe, et seulement là où la surface est lisse.
- Un ombrage qui suit des traits au hasard : orientez vos traits selon la forme (courbes sur une sphère, verticaux sur un cylindre). Les hachures exploitent ce principe avec des lignes visibles.
Astuce : photographiez votre modèle et votre dessin, puis passez les deux photos en noir et blanc sur votre téléphone. Les écarts de valeur deviennent évidents.
Exercice : trois objets, trois valeurs
Durée : 30 minutes. Disposez une boîte, une boîte de conserve et une balle sous la même lampe. Dessinez-les en n’utilisant que trois valeurs : blanc du papier, gris moyen, gris foncé. Pas de dégradé, pas de détail.
Critère de réussite : vu à trois mètres, chaque objet a l’air en volume et les trois ombres portées partent dans la même direction. Quand c’est acquis, refaites l’exercice avec cinq valeurs, en vous aidant de l’échelle de gris des exercices de dessin. Le fusain se prête particulièrement bien à ce travail en grandes masses : voir le dessin au fusain.
Ces bases servent ensuite sur tous les sujets, par exemple pour rendre le volume d’un pelage dans un dessin de chat réaliste. L’ombre arrive au deuxième mois du parcours apprendre à dessiner.