Le croquis de mode : une silhouette volontairement allongée
Un adulte mesure environ 7 têtes et demie de haut. Le dessin de mode, lui, part d’une convention : le croquis de mode en compte 9, parfois davantage pour un dessin d’illustration. Cet allongement n’est pas un caprice : sur une silhouette élancée, une robe longue, un pantalon large ou un manteau se lisent mieux, et les volumes du vêtement prennent le dessus sur le corps. Le corps devient un support, presque un cintre.
Le point important est de savoir où l’on allonge. Le buste reste proche de la réalité ; ce sont les jambes, et surtout le bas de la jambe, qui gagnent une tête et demie. Un croquis où l’on a étiré le cou et le buste paraît déformé, alors qu’un croquis aux jambes longues paraît simplement élégant.
Dessin de mode : construire la silhouette à 9 têtes
Tracez une verticale de 22,5 cm sur une feuille A4 et divisez-la en 9 parts de 2,5 cm : chaque part vaut une hauteur de tête. Placez ensuite les repères suivants, au crayon HB très léger.
| Repère | Croquis de mode | Corps réel |
|---|---|---|
| Menton | 1 | 1 |
| Poitrine | 2 | 2 |
| Taille | 3 | environ 2,9 |
| Hanches | 4 | environ 3,5 |
| Entrejambe | 4,5 | environ 3,9 |
| Genoux | 6,5 | environ 5,5 |
| Pieds | 9 | 7,5 |
En largeur, les épaules mesurent environ une tête et demie, la taille un peu moins d’une tête, les hanches à peu près la largeur des épaules. Le cou est long et fin, les mains tombent à mi-cuisse. Dessinez d’abord un mannequin simple : un ovale pour la tête, un trapèze pour la cage thoracique, un autre trapèze inversé pour le bassin, des cylindres effilés pour les membres. La méthode générale est celle de dessiner un corps ; seules les mesures changent.
La pose de défilé
Une silhouette droite, de face, poids réparti sur les deux jambes, est raide. La pose de mode classique repose sur une bascule :
- La ligne d’aplomb : tracez une verticale qui part du creux du cou et tombe jusqu’au sol. Le pied qui porte le poids du corps doit se trouver sur cette ligne, sinon la silhouette semble tomber.
- Hanches et épaules opposées : la hanche du côté de la jambe d’appui remonte, les épaules s’inclinent dans l’autre sens. Un angle de 10 à 15° suffit ; au-delà, la pose devient caricaturale.
- La marche : en défilé, les pieds se posent l’un devant l’autre, presque sur une même ligne. Dessinez la jambe libre légèrement croisée devant la jambe d’appui, le pied pointé.
Cette bascule, appelée contrapposto, est expliquée en détail dans poses de dessin. Une fois votre pose réussie, repassez-la au feutre fin : elle devient un gabarit que vous glisserez sous une feuille fine ou sur une table lumineuse pour dessiner des dizaines de tenues sans redessiner le corps.
Habiller le croquis
Dessinez le vêtement sur le gabarit en vous posant toujours la même question : où le tissu touche-t-il le corps, et où s’en éloigne-t-il ? Un vêtement ajusté colle aux épaules, à la poitrine et à la taille ; une jupe évasée ne touche que la taille puis s’écarte ; un manteau oversize ne touche que les épaules.
- Laissez de l’aisance : le contour du vêtement passe 2 à 5 mm à l’extérieur du corps, davantage pour une pièce ample. Un vêtement qui suit exactement le contour du gabarit ressemble à de la peinture sur la peau.
- Suivez les points d’appui : les plis partent des points où le tissu est tenu (épaules, taille, coudes pliés) et s’ouvrent vers le bas.
- Respectez la bascule : l’ourlet, la ceinture et l’encolure suivent l’inclinaison des hanches et des épaules, et s’arrondissent autour du corps.
La logique des plis (tension, compression, drapé tombant) est détaillée dans le tutoriel dessiner des vêtements. Restez simple sur le visage et les cheveux : quelques traits suffisent, car c’est le vêtement que l’on doit regarder.
Rendre les matières
En stylisme, la couleur se pose le plus souvent aux feutres à alcool, rapides et sans traces quand on travaille par aplats. La méthode tient en trois passages : un aplat de la teinte claire sur toute la pièce, la même teinte ou une teinte plus foncée dans les zones d’ombre (sous les bras, dans les plis creux, d’un seul côté du corps), puis le blanc du papier réservé ou repris au crayon blanc sur les reliefs. Ce qui distingue une matière d’une autre, c’est surtout la forme de la lumière et le trait du contour.
| Matière | Lumière | Contour et détails |
|---|---|---|
| Satin, soie | Longues bandes très claires, contraste fort avec l’ombre | Trait fin et souple, plis longs et fluides |
| Denim | Peu de brillance, usure claire sur les reliefs | Surpiqûres en pointillés, coutures épaisses |
| Maille | Mate, ombres douces | Bord ondulé, côtes en traits parallèles aux poignets |
| Cuir | Reflets petits et nets | Trait épais, plis courts et cassés aux articulations |
| Tulle, mousseline | Transparence : on voit le corps ou une autre couche dessous | Contour très léger, couleur posée en voile |
Pour assortir les couleurs d’une collection, les harmonies de base sont expliquées dans la théorie des couleurs.
Le dessin à plat et la planche de présentation
Le croquis séduit, mais il ne suffit pas pour fabriquer un vêtement. Le dessin à plat, ou dessin technique, montre la pièce posée à plat, sans corps, de face et de dos. Il se trace à la règle et au feutre fin, parfaitement symétrique : dessinez une moitié, pliez la feuille ou décalquez-la, puis reportez l’autre moitié. Indiquez les coutures en trait plein, les surpiqûres en pointillés, la position des boutons, poches et fermetures. Pas d’ombre, pas de pose : seulement des informations exactes.
La planche de présentation réunit sur une même feuille, au format A3 de préférence : un ou deux croquis en pose, les dessins à plat de chaque pièce, de petits échantillons de tissu agrafés ou collés, et une bande de couleurs de la collection. Alignez les croquis sur une même ligne de sol et gardez la même hauteur de silhouette d’un croquis à l’autre : une planche se lit comme un défilé.
Exercice : trois tenues sur un gabarit
Préparez un gabarit à 9 têtes en pose de défilé (20 minutes). Puis, sur trois feuilles posées dessus, dessinez en 15 minutes chacune une tenue ajustée, une tenue évasée et une tenue oversize, au crayon puis au feutre fin. Réussi si, en masquant le gabarit, on devine sous chaque vêtement la même pose et les mêmes points d’appui (épaules, taille, jambe porteuse). Pour gagner en vitesse sur les poses, alternez avec des croquis rapides de silhouettes réelles.
Questions fréquentes
Quel matériel pour débuter le dessin de mode ?
Un crayon HB, un feutre fin noir, un papier lisse et trois ou quatre feutres à alcool dans une même famille de couleurs suffisent. Ajoutez un crayon blanc pour reprendre les lumières.
Faut-il savoir dessiner le corps humain pour faire du stylisme ?
Il faut au moins maîtriser un gabarit en pose, mais pas l’anatomie détaillée. Beaucoup de stylistes travaillent à partir de quelques gabarits qu’ils réutilisent. Commencez par les bases de dessin de personnage, puis allongez les proportions.
Pourquoi les croquis de mode ont-ils des visages si simples ?
Parce qu’un visage détaillé attire le regard au détriment du vêtement. Un ovale, des yeux esquissés et une coiffure en masse suffisent à donner une attitude.